Quelle que soit l’heure ou la saison, je pars explorer les cavernes végétales de la forêt, équipé d’un carnet à dessin à feuilles noires, de pastels et crayons à dessin blancs. J’emmène, l’équivalent en noir, prêt à dessiner noir sur noir. Je divague dans les carrés forestiers simplement à l’écoute de mes sensations visuelles, auditives et olfactives. Le contraste soudain, entre les vibrations de la lumière et l’obscurité de la canopée, me révèle le motif qui s’impose à mon regard. Ce sont des fantasmagories, des chimères que le vent ou la broussaille dissimulent avec ironie. Je ne doute plus alors de ce que je vois. La perception d’un instant précis guide mon geste et mon regard. L’alentour n’existe plus. S’opère en moi une double lecture simultanée, l’une prosaïque –la nature dans son aspect le plus nu, le plus brut–, l’autre fantasmatique. La lumière, à travers la canopée, me suggère aussitôt des titres, des récits : « La Becquée de Grand-mère, Lézard lubrique, Le Boa amoureux, le Chat du Cheshire… » Au second plan, je trace quelques éléments naturels environnant le motif dans sa profondeur. J’entame alors une “ conversation ” avec le sujet que je dessine. Il n’hésite pas à me répondre… Divaguer en forêt ne permet pas une image pérenne ; au retour, la lumière s’estompe, les chimères disparaissent dans le déclin du jour. Reste mon dessin, seule trace tangible de mon passage. Je quitte la “ grotte ” de la forêt. Mes dessins se veulent des “ gravures ” lumineuses émergeant des labyrinthes végétaux. C’est la lecture des ouvrages de Jean Clottes, le préhistorien, qui paradoxalement m’a incité à découvrir les “ grottes ” de la forêt. C’est lui qui, dans l’un de ses ouvrages, fait le parallèle entre grotte préhistorique et grotte de la forêt quand dans ses frondaisons, particulièrement dense, la lumière passe très peu. Son observation des parois des grottes préhistoriques lui a fait comprendre que nos ancêtres de la préhistoire se servaient, déjà, des irrégularités des parois pour dessiner. Ses irrégularités leurs permettaient d’accrocher opportunément leurs dessins sur la paroi.
Ghislaine Lejard, après avoir beaucoup écouté mes récits de divagations en forêt, accompagne mon exposition d’un poème « Avoir l’oreille aussi éveillée que les yeux », pour l’écouter, scannez le QR code ci-joint.
L’expo commence le 19 janvier, jusqu’au 14 février. Pour découvrir les 20 dessins exposés, rendez-vous à La Maison MLB 42 route des Gardes à Meudon Prendre le train à Montparnasse, ligne N, descendre en tête de train à la gare de Bellevue.
Nous avons le plaisir de vous présenter la première exposition virtuelle du groupe E-Motifs
Trois voyageurs « sur le motif », c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés au pied de l’abbaye de Jumièges en Normandie. Retrouvailles annuelles, qui avec ses pinceaux d’aquarelle, qui avec ses mines de plomb et sanguine, qui avec ses pastels et crayons de couleur.
Jumièges, abbaye en ruine, elle en impose malgré les démolitions d’après la Révolution. Le parc est immense, nous nous égaillons entre murs de pierre et bosquets. A l’écoute des murmures d’ogives romanes et gothiques, ils passent entre les bruissements des feuilles, chacun y va de son regard et de son interprétation, que les mains transcrivent sur le papier, couleur d’eau, trait de plomb ou grain de pastel. Nous ne copions pas la nature. Nous l’interprétons, musiciens en silence sauf à écouter le phrasé du pinceau, le glissé du crayon ou le vibrato du pastel…
abbaye de Jumièges – Boucles de la Seine – Sylvain N.
Abbaye de Jumièges – Gabriel B.
Cèdre centenaire à l’abbaye de Jumièges – Gabriel B.
Châtaignier centenaire de l’abbaye de Jumièges – JLC
Le lendemain, nous filons vers Fécamp, cap Fagnet. Matinée venteuse en surplomb du port, le ciel est bouché par de furieux nuages, gris et noirs, qu’alternent des trouées de soleil, il fait frais.
La côte en contrebas est instable, parfois des découpes de craies précises, à d’autres moments noyée dans une pénombre indistincte. Le réel n’est pas un modèle à recopier : être sur le motif est une source d’inspiration. Il nous évoque des émotions que nous essayons de retranscrire sur le papier, à l’aquarelle, aux pastels ou au crayon. Il ne s’agit pas de reproduire le paysage, les falaises, les effets de lumière sur l’eau ; mais plutôt de poser des mots sur l’évocation de nos sens face à ce paysage : toute la difficulté repose sur la pureté de ces émotions et sur notre capacité à les transmettre par le biais de notre médium de prédilection.
Le temps se calme, direction les galets de la plage où nous pique-niquons sur le pouce. Reprise sur le motif sous les regards curieux des mouettes et des badauds. Elles piaillent en cris assourdissants. La lumière est changeante les hachures de craies verticales se déplacent au gré des nuages passant d’un blanc éclatant à de profondes coulures jaunes et ocres interrompues par des saignées de silex parallèles au rivage qu’inlassables les vagues fracassent, nous signifiant, recommence.
Depuis le cap Fagnet sur les hauteurs de Fécamp – JLC
Les falaises des Grandes Dalles – JLC
Fécamp – Cap Fagnet – Gabriel B.
Les Grandes Dalles – Gabriel B.
Grandes Dalles – Cote d’Albatre – Sylvain N.
En ce deuxième matin, l’horizon est bouché, il pleut par intermittence, armés de parapluie et poncho, nous partons sans attendre, notre étape la plus lointaine Étretat et Yport. Arsène Lupin (et son mentor Maurice Leblanc), ainsi que Maupassant n’ont qu’à bien se tenir, nous voilà !
Vain avertissement, il pleut en bourrasques drues. Heureusement, le temps se lève, retour sur les galets, au loin vers l’amont une porte en forme de mammouth bossu et robuste, en aval l’autre éléphant plus allègre et léger trempe sa trompe protectrice au dessus du trésor de l’Aiguille creuse. Quel trésor peuvent cacher des paréidolies ?
La Normandie changeante nous a pris au piège des variations si rapides de celle-ci qui transforme si radicalement la perception des paysages.
Sur la route de retour, nous passons de valleuses en valleuses sinueuses sous les ombrages de pins et de chênes-vert. Yport, une anse étroite et plus intime, sur les galets quelques bateaux de pêche côtière. Lumière stable de fin du jour, au blanc de craie s’ajoute les jaunes-orangés des coulures de granit. Le ciel se révèle de plus en plus vert. La côte se dessine crue de prime abord et s’estompe au plus lointain dans un turquoise sombre où se confondent terre et eau.
Etretat – Porte d’Aval – JLC
Etretat, porte d’Amont – JLC
Etretat -porte d’Amont – Sylvain N.
Etretat -porte d’Aval – Sylvain N.
Yport -Cote d’Albatre – Sylvain N.
Etretat, double vue des portes d’amont et d’aval – Gabriel B.
Au dessus du port de Saint-Valéry-en-Caux, dans une petite enclave équipée d’un banc de pierre nous prenons possession des lieux. Reprise de nos crayons, pinceaux et pastel, chacun s’affaire à saisir la blancheur des falaises, soulignée et selon le gré des nuages, par des alternances d’eau vert-lumière, tandis que d’autres sont d’un bleu acier opaque qu’enrichissent des irisations de l’eau. Le ciel s’en mêle habillé d’orange et de vert. C’est un chatoiement de couleurs papillonnantes.
Saint Valéry en Caux – JLC
Saint Valéry en Caux – Cote d’Albatre – Sylvain N.
Saint Valéry en Caux – Gabriel B.
Le dernier jour, nous finissons notre séjour à Château-Gaillard. Arrivés à pied d’œuvre nous cherchons un territoire d’expression. En bordure d’une blanche falaise, là aussi, nous trouvons à l’écart, au lieu dit le Thuit, un pré où cachés par l’ombre des arbustes, des chevreuils broutent tranquilles et bienveillants. Nos seules armes, des crayons et des papiers. Nous ne chassons que la lumière, héritiers que nous sommes des Impressionnistes.
Château Gaillard, les Andelys – JLCVue de Château Gaillard – Sylvain N.
Ce séjour sur la Côte d’Albâtre a été un moment de véritable connexion avec la Nature, la Mer et ses falaises : d’Etretat à Saint Valéry-en-Caux, nous avons parcouru les valleuses et les plages. Voici le résultat en images de ces pérégrinations… N’hésitez à nous déposer vos commentaires ou encouragements voire questions dans les commentaires ci-dessous
abbaye de Jumièges – Boucles de la Seine – Sylvain N.Grandes Dalles – Cote d’Albatre – Sylvain N.Etretat -porte d’Amont – Sylvain N.Etretat -porte d’Aval – Sylvain N.Yport -Cote d’Albatre – Sylvain N.Saint Valéry en Caux – Cote d’Albatre – Sylvain N.Vue de Chateau Gaillard – Sylvain N.Châtaignier centenaire de l’abbaye de Jumièges – JLCDepuis le cap Fagnet sur les hauteurs de Fécamp – JLCYport – JLCSaint Valéry en Caux – JLCEtretat, porte d’Amont – JLCEtretat – Porte d’Aval – JLCLes falaises des Grandes Dalles – JLCChateau Gaillard, les Andelys – JLCAbbaye de Jumièges – Gabriel B.Cèdre centenaire à l’abbaye de Jumièges – Gabriel B.Fécamp – Cap Fagnet – Gabriel B.Les Grandes Dalles – Gabriel B.Etretat, double vue des portes d’amont et d’aval – Gabriel B.Saint Valéry en Caux – Gabriel B.
Harald Szeemann fut l’organisateur et le Commissaire de l’exposition Les Machines Célibataires en 1975 aux Musées des Arts décoratifs à Paris et les années suivantes dans d’autres villes européennes dont Venise et Malmö. Il était aussi le Directeur de la Kunsthalle de Berne. Il fut le premier à permettre à Kristo d’emballer un monument, c’était la Kunsthalle. Sa façon d’aborder une exposition a remis en cause bien des façons de faire celles-ci.
La Fondation Getty (USA) a acheté le Fonds Harald Szeemann, elle lui rend hommage à travers une exposition à Los Angeles : Harald Szeemann Museum of Obsessions.
A cette occasion, un volumineux ouvrage a été édité par la Fondation Getty. Dans celui-ci, deux reproduction des planches parues dans l’ouvrage Les Machines Célibataires en 1976 (Editions du Chêne). sont publiées, Le Surmâle – La course des dix mille milles (Alfred Jarry) et Les Chants de Maldoror – Chant VI strophe 1 (Comte de Lautréamont). Elle figurent au tout début du chapitre Utopias.
De plus, on peut y lire un passionnant article de Doris Chon sur « Harald Szeemann’s museum of obsessions, between parody and consecration ». Il y est fait référence à de nombreuses reprises de l’ouvrage de Michel Carrouges réédité aux Editions du Chêne en 1976.
L’ouvrage est augmenté des points de vues des participants à l’exposition et de reproduction des œuvres exposées dont L’invention de Morel, Le Château des Carpathes et Le Surmâle extraits de l’expostion et de l’ouvrage Les Machines célibataires.
Une introduction de Thierry Dufrêne, commissaire de l’exposition et de Mmes Anne Husson et Amandine Loayza-Desfontaines complète l’ouvrage ainsi que des extraits du tapuscrit de Bioy Casarès.
Le Petit Verre vert – L’invention de Morel dans l’exposition de La Maison de l’Amérique latine. Clin d’œil à La Marié mise à nu par ces célibataires, même dit aussi Le Grand Verre de Marcel Duchamp et à la Boîte verte.
Du 15 mars au 21 juillet se tient à la Maison de l’Amérique latine à Paris, l’exposition L’Invention de Morel – La Machine à images. Commissaire d’exposition M. Thierry Dufrêne.
A nouveau, les 8 planches des Machines Célibataires, publiées en 1976 dans l’ouvrage du même nom aux Editions du Chêne, sont exposées.
Cette exposition complète celle organisée en 2016 au Lieu unique à Nantes en attendant leur publication prochaine, dans l’ouvrage de Michel Carrouges – Les Machines Célibataires, en Allemagne et au Brésil dans des traductions qui font suite à celle parue au Japon en 2014.
À partir de mars prochain et pour une durée de quatre mois, la Maison de l’Amérique latine à Paris
présente une exposition inédite, intitulée L’Invention de Morel – La machine à images, conçue par et
sous le commissariat de Thierry Dufrêne à partir du roman L’Invention de Morel de l’écrivain argentin
Adolfo Bioy Casares (1914-1999), ami et compagnon de lettres de Jorge Luis Borges. En réunissant
des oeuvres de toute nature – photographies, installations, vidéo-projections, hologrammes, oeuvres
cinétiques ou encore bande-dessinée… – de quinze artistes venus de différentes parties du monde,
celle-ci met en lumière l’influence majeure qu’exerça ce roman d’anticipation sur plusieurs
générations de créateurs. Plus encore, cette exposition interroge la manière dont les artistes
contemporains se réapproprient, à la suite de Bioy Casares, le rêve d’une duplication de notre monde
qui en garantirait l’éternité.
…/…
Le commissaire, Thierry Dufrêne, justifie le fil conducteur du propos de l’exposition dans la prédiction
d’Adolfo Bioy Casares : « Nous voyons les images s’animer sous nos yeux et elles suscitent notre
adhésion, mieux : notre croyance. Les simulacres nous hantent et nous finissons par vouloir partager
leur vie fascinante. Mais ils ne sont que des êtres de rêve. Pourtant, les technologies de notre temps
relancent sans fin la quête d’une image qui serait vivante. » Il résume ainsi le sujet du roman que
Borges, dans la préface, estimait être l’un des plus ingénieux des lettres modernes et qui demeure
indéniablement d’une originalité hors pair et source d’inspiration intarissable : « Un fugitif se
retrouve sur une île peuplée de présences étranges qui le fascinent et qui vivent leur vie sans s’occuper
de lui. Il tombe fou amoureux de Faustine et veut lui parler, entrer en contact avec elle, mais elle
est étrangement absente alors qu’elle continue de vivre et d’échanger avec les autres mystérieux
habitants de l’île. Finalement le fugitif comprend qu’il est en présence d’images parfaites (parlant, se
mouvant, agissant), d’êtres qui sont venus sur l’île autrefois et qui réapparaissent sous forme de
doubles. »
Artistes : Michel Bret/Edmond Couchot, Luc Courchesne, Jean-Louis Couturier (A.Jihel-JLC), Frédéric Curien/Jean-Marie Dallet (Sliders-
Lab), Nicolas Darrot, Leandro Erlich, Masaki Fujihata, Piotr Kowalski,
Julio Le Parc, Rafael Lozano-Hemmer, Jean-Pierre Mourey, Stéphanie
Solinas, Pierrick Sorin.
À cette occasion, un ouvrage est publié aux Éditions Xavier Barral.
288 pages, 20,5 x 13,5, environ 70 illustrations, 32€.
En parallèle, un cycle de films, dont L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais,
scénario Alain Robbe-Grillet (1961) inspirés du roman sera projeté de mars à juin 2018.
Réalisé grâce au soutien de la Sofia action culturelle (Voir document annexe joint).
Un article particulièrement précis qui rend tout à fait compréhensible les enjeux de cette exposition au lieu unique à Nantes (18 février – 13 Mars 2016).
L’auteure ne manque pas de faire apparaître les divers points de vue qui alimentent cette exposition où un regard féminin, celui de Marie-Pierre Bonniol (commissaire de l’exposition) se pose sur « ces machines », concept masculin initié par Marcel Duchamp au début du siècle dernier.
Elle n’oublie pas de faire valoir l’apport de Michel Carouges et son ouvrage Les Machines célibataires réédité en 1976 que complète huit planches de Jean-Louis Couturier. Enfin, elle conclut son article par l’apport sonore de Pierre Bastien et son Orchestre de papier, ainsi que des objets plus intimes, un lit (celui de la commissaire) et la reconstitution du bureau de Raymond Roussel (auteur cher aux Surréalistes).
A cette occasion Jean-Louis Couturier en donne le récit de leurs réalisations.
Le lieu unique – Nantes, 18 février–13 mars 2016
A l’occasion de l’exposition COLLECTION MOREL – LES MACHINES CELIBATAIRES au lieu unique à Nantes, une édition originale de huit exemplaires numérotés de 1 à 8, quatre épreuves d’artistes numérotées de I à IV a été réalisé. Cette gravure est la reproduction fidèle de la planche originale « L’Invention de Morel » de A.Jihel-JLC d’après le récit Adolfo Bioy Casarès.
JLC, auteur de la planche, a lui-même réalisé les documents informatiques permettant une parfaite reproduction de la planche originale à l’encre de chine sur carton.
Ce sont des plaques gravées au laser dans l’épaisseur du verre et d’un format 20 x 30 x 1 cm. Elles sont accompagnées d’un support discret doté d’un éclairage Leeds de couleur verte.
Le choix de cette gravure au laser et d’un éclairage vert est un hommage de l’auteur au Grand Verre et à la Boîte verte de Marcel Duchamp. De ce clin d’œil est né “Le Petit Verre vert”
Il est possible aux personnes intéressées de nous contacter
par l’intermédiaire de ce site.